|
La
Société Gérance de Passy
qui a pour origine l'Exposition Universelle
a plus de 100 ans dans le XVIème arrondissement

A
l'aube de l'Exposition Universelle de 1900, les organisateurs
s'affairaient à ne rien omettre des préparatifs afin de donner
à cet événement tout le prestige et le bénéfice que pourraient
en retirer les gouvernants et l'industrie florissante.
Parmi eux figuraient des barons d'Empire, mais aussi barons
d'industrie. Tel était notamment Edouard Delessert, héritier
en droite ligne de la prestigieuse lignée des Delessert qui,
au début du siècle précédent, s'établit à Passy. On se souviendra,
en effet, que depuis près de deux siècles, la famille Delessert
fut à l'avant scène de la vie communale, et joua aussi un
rôle politique et économique de premier ordre sur le plan
national.
Il est nécessaire de rappeler la détermination exemplaire
de Benjamin Delessert qui, dès 1815, avait compris l'absolue
nécessité de désenclaver l'accès du village de Passy lequel,
jusqu'alors, n'était accessible depuis la Seine que par une
côte escarpée qui s'appelait précisément la rue de la Montagne
(aujourd'hui rue Beethoven) entre le Couvent des Bonshommes
et la colline de Chaillot, et dont la pente, à certains endroits,
s'élevait de 9 à 10 centimètres par mètre !
Benjamin Delessert voulut remédier à cet accès difficile par
la création d'une nouvelle voie plus praticable pour conduire
à Passy. Dans ce but, il fit étudier un projet qu'il soumit
aux autorités compétentes et pour la réalisation duquel il
dut, dans un premier temps, se rendre acquéreur d'une partie
des terrains sur lesquels il fallait faire passer la nouvelle
route.
Pour emporter l'avis favorable de la commune et du Conseil
Général de la Seine qui fut d'abord opposé au projet pour
des raisons financières, Benjamin Delessert accepta d'apporter
une contribution financière personnelle de 50.000,00 Francs,
permettant ainsi la réalisation de ces ambitieux travaux publics.
C'est ainsi que fut tracé le Boulevard Delessert, appelé par
les anciens " la Route Nouvelle ".
Ce bref aperçu historique permet d'éclairer ce qui advint
70 ans plus tard pour l'Exposition Universelle.
En effet, la famille Delessert, qui depuis plusieurs générations
avait procédé à des acquisitions foncières successives, tenant
en bas des quais de Passy, depuis l'avenue de Versailles jusqu'après
la rue Beethoven, et en haut jusqu'à la rue Raynouard ( ancienne
rue Basse ), exploitait une raffinerie de sucre que l'Empereur
Napoléon Bonaparte visita. Elle eut alors l'idée, avec ses
pairs, de construire plusieurs ensembles immobiliers sur ces
terrains, puis d'autres dont elle ferait également l'acquisition,
pour assurer le logement des exposants et des nombreux visiteurs
attendus à l'Exposition Universelle, d'avril à novembre 1900.
Elle eut l'idée originale de contribuer au prestige de l'Exposition
en concevant des immeubles de grand confort dans ce quartier
de Paris qui non seulement allait être desservi par une des
premières lignes du Métropolitain, et par les chemins de fer
et se trouverait aussi à proximité de la plupart des pavillons
de l'Exposition Universelle. Celle-ci, rappelons le, s'étendait
sur 112 hectares le long de la Seine, avec cet axe prestigieux
constitué par la Tour Eiffel et le Palais de Chaillot.
Le 15 janvier 1898, Maître Portefin, notaire à Paris, recevait
en son étude les statuts de la Société Immobilière du Trocadéro
et de Passy. Elle avait pour objet :
"L'achat de terrains, l'édification de constructions
sur ces terrains et durant l'Exposition de mil neuf cent l'exploitation
de ces terrains et constructions pour le logement des souscripteurs
des Départements, des Colonies et de l'Etranger, qui se sont
engagés envers la Société à faire des versements pour s'assurer
à forfait, leur transport, leur logement, leur nourriture,
leurs entrées à l'Exposition et autres avantages et même pour
le logement et la nourriture de toutes autres personnes que
les souscripteurs de la Société.
L'utilisation, après l'Exposition, des constructions élevées
sur les immeubles de la Société, en maison de rapport, la
mise en valeur et l'exploitation des immeubles de la Société
de quelque manière que ce soit ; la location et la réalisation
de ces immeubles.
Et généralement toutes opérations foncières, immobilières,
industrielles et financières pouvant se rattacher aux objets
ci-dessus".
Voici les premiers administrateurs : Edouard Delessert, vice-président
de la Compagnie des Chemins de Fer de l'Ouest - Albert Chabert,
administrateur de la Société Générale de Crédit Industriel
et Commercial - Marquis de Guadalmina, administrateur de la
Banque Hypothécaire d'Espagne Orellama - François Méliodon,
administrateur du Crédit Foncier de France - Jules Plassard,
administrateur de la Société des Immeubles de France - Lucien
Viard, secrétaire honoraire du Conseil d'Administration du
Crédit Foncier de France.
Edouard Delessert fut nommé Président du Conseil d'Administration
pour 6 ans.
Le Comte Georges Zogheb, plus gros actionnaire, demeurait
2, rue de Presbourg.
Le Siège Social s'établit d'abord au 5, rue des Capucines,
mais fut rapidement transféré, dès la construction des premiers
immeubles, au 21 boulevard Delessert où l'activité se maintint
en dépit des changements de structures jusqu'en 1991.
C'est ainsi que fut édifiée en des temps records une partie
des immeubles du Boulevard Delessert, de la rue de l'Alboni
et du majestueux Square de l'Alboni. On peut constater sur
des clichés photographiques de 1900 que la voie privée du
Square avait déjà le tracé qu'on lui connaît aujourd'hui,
même si tous les immeubles qui la bordent n'étaient pas encore
construits.
Il est intéressant de constater à quel point ces immeubles
occupaient une situation privilégiée et possédaient un confort
dont il est difficile de trouver l'équivalent aujourd'hui
encore.
Dans le livret de commercialisation de la Société Immobilière
de Trocadéro et de Passy, la description des équipements des
immeubles et de la composition de chaque catégorie d'appartement
met en valeur le nombre et la surface confortable des pièces
et dégagements.
Citons par exemple le descriptif de l'Ilot D, au 21-23 Boulevard
Delessert indiquant que "les appartements comprennent
: ascenseur, monte-charge, chauffage, distribution d'eau chaude,
sonneries et lumière électriques installées dans toutes les
pièces, w. c. de domestiques, etc... ". L'appartement n°1
comprenant " deux salons de 26 et 16 m², une salle à manger
de 22 m², une chambre de 18 m² et deux autres de 14 et 16
m², deux salles de bains ; toilette ; cuisine ; office ; débarras
; penderie ; grande galerie".
Quelques
années après l'Exposition Universelle, l'exploitation
des immeubles s'avéra malheureusement déficitaire et la
Société Immobilière de Trocadéro et de Passy fut dissoute
après vente aux enchères de son prestigieux patrimoine.
Toutefois, ces circonstances permirent à l'activité d'administration
de biens de se maintenir et même de se développer avec
l'essor de la copropriété. Ainsi, l'ancienne structure,
devenue la Société de Gérance de Passy, héritière du souci
de maintenir le prestige et la qualité des biens et des
personnes, poursuivit dans les mêmes locaux son activité
de gérance immobilière et développa celle de syndic de
copropriété, non seulement pour le compte de son patrimoine
initial, mais aussi sur un portefeuille progressivement
de plus en plus étendu. C'est au 64, rue du Ranelagh qu'elle
accomplit aujourd'hui les mêmes missions avec les mêmes
objectifs, pour servir au mieux sa clientèle.
|
|
|
|